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Simoneau. Théâtre 10

janvier 13, 2021

Théâtre 10
Les puces 3

5—     Intérieur          Maison — cuisine — matin          5

Philippe et Gaston se dirigent à la cuisine. Ils placent les meubles, mais la sécheuse est de trop.   Ils la sortent à l’extérieur en attendant de trouver une solution définitive.

Gaston lève son bord beaucoup trop haut et essaie d’aller le plus vite possible.

Philippe manque de trébucher… Il a le bout le plus difficile à manœuvrer.


                                   PHILIPPE (durant les manœuvres).


Ne pousse pas si fort !     Ne lève pas si haut !    Tabarnak! Veux-tu me tuer? Tu ne sais pas travailler ?

Gaston le fusille des yeux. Il marmonne…

                                        GASTON
Yé comme mon père, ce t’hostie-là, je vais le tuer. Je vais le tuer.

6— Int  — Maison — Cuisine — Midi    6

Philippe prépare un café. Il s’assoit ensuite près de Gaston à la table.
Il lui tâte les muscles du bras, question d’être plus amical et d’oublier l’échec des communications durant le travail.

                                               PHILIPPE

Y a du muscle là-dedans !

                                             GASTON

Ne me touche pas Christ. Je n’ai pas envie de faire rire de moi, ce matin. Alors, fiche-moi la paix.

                                            PHILIPPE

Est-ce qu’il t’arrive d’être de bonne humeur ?
        

Gaston se relève, il examine la cuisine déjà surchargée de meubles. Il essaie la micro-onde, question de voir s’il fonctionne bien. Allume tous les ronds du poêle et ouvre le frigidaire qui est affreusement sale.

                                                 PHILIPPE
On a qu’à laver. Ce n’est pas pire que les puces dans la salle de bains. Il faudra frotter. On est aussi bien de s’y habituer. Je n’ai jamais vu un logement aussi sale.


                                                GASTON


Ce n’est pas grave. De toute façon, tu n’as rien d’autre à faire.


                                                 PHILIPPE  (touché)


Me prends-tu pour ta mère ou ton père? T’as besoin d’aller chercher ailleurs si tu veux te faire torcher.

                                                GASTON

Les nerfs! Les nerfs!   Je n’ai pas dit que je ne t’aiderai pas…


                                                  PHILIPPE


Tu pourrais commencer par fermer les ronds du poêle avant qu’on passe au feu. Tu vois bien que tout fonctionne merveilleusement bien.

                                               GASTON

Je voulais juste savoir. Je ne veux pas payer 50 $ par mois pour des cochonneries.


                                               PHILIPPE

25 $. On paie moitié-moitié. C’est un marché conclu parce qu’on aurait dit que t’avais peur que je me sauve avec les meubles avant de payer la facture.


                                          GASTON

On ne sait jamais. Je ne te connais pas tellement finalement. Ce n’est pas parce qu’on dit que t’es un des dirigeants de la révolution que ça veut dire que tu ne me volerais pas.


                                           PHILIPPE


On voit que tu ne connais pas grand-chose à la révolution. Entre nous, c’est la solidarité absolue. Tu peux être tout ce que tu voudras, tant que tu respectes les objectifs de la révolution.


                                        GASTON (se montrant aimable)


C’est mieux ainsi. Tu ne pourras pas me laisser tomber aussi facilement. J’ai le bail et la moitié des meubles de la cuisine que nous avons achetés en signant le bail.

                                             PHILIPPE


La confiance règne à ce je vois! Viens prendre ton café avant qu’il ne soit froid…


                                           GASTON


Je ne bois que du thé. Merci quand même.

   

Philippe étonné regarde la cafetière, prête pour au moins deux tasses chaque. 
   

                                       PHILIPPE


  Ce café-là coûte 10 $ le 550 grammes.

                                        

                                     GASTON
 
Pis? 

                                    PHILIPPE


Dommage pour toi, il est excellent.

 Question de détendre un peu l’atmosphère et ne pas trop regretter de s’être installé avec Gaston, Philippe sort une bouteille de vin et une vidéo québécoise.
                                              

                                   PHILIPPE


Ça te dit de prendre un bon petit verre de vin en regardant ce film. Gaston lit le titre de DVD, sourit et s’exclame.


                                               GASTON


Ça fait des mois que je rêve de voir ce film. Y paraît que c’est drôle à mourir.
 

Ils s’installent dans le salon sur le seul sofa dans la place. Philippe est touché d’entendre rire Gaston. Il est si ému qu’il ne se rend même pas compte que Gaston lui plaît autant qu’il peut le haïr quand Gaston se met à jouer à l’enfant gâté. 

Gaston a les yeux tellement électrisants que Philippe le trouve de plus en plus séduisant.
« Je ne dois pas m’attacher. Je dois demeurer libre. », se dit Philippe.
Après quelques verres de vin, Gaston est plus euphorique. Philippe en profite pour le questionner.


                                       PHILIPPE

Qu’est-ce qui s’est passé entre toi et ton père ?


                             Gaston (subitement maussade)

Ça ne te regarde pas. Je le hais, c’est tout. Pour lui, je n’existe pas. Je suis un perverti parce que je suis gai. Il m’a fichu à la porte.


                              Philippe (comprenant mieux les réactions de Gaston) 

Je m’excuse, je ne voulais pas tourner le fer dans la plaie.


                                           Gaston


Ce n’est pas grave quand tu me traites comme un nul, je te sens comme mon père.        

 

Gaston se met à pleurer. Philippe le prend dans ses bras et l’embrasse sur la tête. 


7— Intérieur — Maison — Chambre de Gaston — vers 16 h 30 — 7

Après avoir rangé son ordinateur près du mur, Gaston éparpille tous les livres et papiers, contenus dans ses cinq boîtes, sur le plancher. Gaston est à quatre pattes et les examine. 

Voyant cela, Philippe, obsédé par la propreté, ne peut pas se contenir. Il revoit les puces dans la toilette et se demande si ces petites bibittes ne se sont pas installées ailleurs.

                                         PHILIPPE

Tu ne trouves pas que c’est assez en désordre sans y ajouter le tien. Il serait préférable de laver le plancher et le désinfecter. Ainsi, tu ne seras pas victime des puces de la maison.

                                   GASTON (surpris)


Je suis dans ma chambre. Je fais ce que je veux. Ça ne regarde personne, pas plus toi qu’un autre. D’ailleurs, c’est toi qui devrais avoir honte… On paie cet appartement moitié-moitié et tu occupes toute la place. Je suis envahi


Gaston se relève. Il s’avance vers Philippe, en faisant bien attention de ne pas piler sur ses papiers.

                                GASTON (vindicatif et presque sanglotant)


J’ai nulle part où respirer! Égoïste! Tu te fous de moi complètement… Tout ce que tu veux, c’est mon argent pour t’installer. Moi, je ne suis qu’un meuble.


Philippe est complètement décontenancé par cette sortie imprévue. Il pensait que ses caresses avaient replacé Gaston au rang qu’il occupe dans sa vie et que Gaston en était maintenant conscient.

  
                                         PHILIPPE

Tu sais très bien que ce n’est pas vrai. Je prends plus de place, tout simplement parce que j’ai plus de meubles que toi. Le riche ici, c’est moi. Je n’y peux rien. J’ai toujours travaillé et économisé le plus d’argent possible. Ce n’est pas moi qui ai choisi cet appartement. J’en aurais pris un bien plus grand.

 
Philippe laisse Gaston à ses affaires et va plutôt placer ses choses dans sa chambre.


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