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Théâtre 1

janvier 4, 2021

Fuck la reine                                             Premier acte
                                               Scène 1

Une moitié de scène. Un grand comptoir avec à droite une armoire. Partout sur les murs des photos de la reine, en alternance avec des photos de la GRC et de chevaliers en habit moyenâgeux. Derrière le comptoir, deux autres policiers.

Les policiers laissent leur place, se ramassent devant le comptoir, s’enlacent et commencent :

                    Une, deux… cha cha
                     une, deux… cha cha cha

                                Policier 1

C’est-y plate à soir! Pas d’arrestation. Vous avez bien fouillé tous les jeunes, dans tous les restaurants et toutes les tavernes? Vous avez pris la précaution d’interroger tous les cheveux longs, tous ceux qui ont des bagages? Rien? On manque de stock… le marché de la dope est à sec à Vancouver. Il nous manque des labos pour avoir plus de MDA.

                               Policier 2 (de plus en plus hystérique)

Attends. Ça va s’arranger. L’été arrive, les Québécois aussi. Il va y avoir du pot en circulation. Des amendes parce qu’on ne respecte pas les feux de circulation, des descentes inutiles, quelques gueules à péter. Fais-t-en pas, mon noir, les Québécois y vont y voir. Cette race de rats sait gruger la loi, ils ne respectent rien, pas même notre belle Queen. J’aime ça…

                           Policier 2

Quand il y a un Québécois, ça me permet de frapper. Wow! Wow! Wow! Wow !

Il se frappe dans les mains, jouit des yeux et tombe sur le cul.

                          Policier 2

Qu’il sera beau! Qu’il sera grand le jour où les chars d’assaut sur les Plaines d’Abraham feront trembler jusqu’au Rocher Percé! Un monde coast to coast anglais. Aussi anglais que le policier de Calgary, vice-président de l’Association francophone. Qu’il sera bon de frapper aussi fort que l’escouade anti-émeute de Montréal! O mon Canada! Mon très cher Canada! Grenier de pot et de champignons magiques. Terre idyllique de mon maître Jésus.

                                 Tous les policiers

Amen !

Ils se mettent à genoux et récitent :

Le Seigneur est mon berger, rien ne saurait me manquer, même si ça coûte cher en beau joual vert.

Les policiers se relèvent.

                                  Policier 3

J’ai couché, hier, avec le ministre de l’Injustice. C’est tout un homme, même si y a pu de revolver. Y en a pu besoin. La mafia va le protéger alors que son gouvernement va défendre la langue des Italiens immigrants… Chia Chia Chia… l’anglais évidemment. C’est tout un marché. Le gouvernement protège la mafia et la pègre protège le gouvernement. Il faut concéder aux Français que leur langue les sert très bien… pour faire l’amour.

Tout le monde rit. On se « garroche » par terre. On frappe sur le plancher. Un policier se relève et entonne, après avoir un peu turluté :

              Le cheval fait le tour de la montagne
               la montagne fait le tour du cheval

                                       Policier 3   (plié en deux)

Quelle coulture !   Quelle coulture! Et dire qu’on se casse la gueule dans les rues pour conserver un folklore aussi bête.

Il se tord de rire, mais un autre flic s’amène devant lui. C’est le plus grand, le plus fort, le numéro cinq. Il tire un petit cheval de bois. Il s’arrête, se met à l’attention, se cire les moustaches.

                                Policier 5

Cesse de te tordre ainsi sans-dessin. Tu ne te rends pas compte que tu profanes ainsi le groupe le plus brave, le plus intrépide, le plus intelligent du monde — 42 de quotient intellectuel de moyenne –. Tu ne reconnais pas, dans la chanson de Wellie Lamothe, les héros de notre histoire.  Ceux qui courent les Esquimaux et qui empêchent les puits de pétrole du Nord de fumer. Ceux qui combattent les Indiens qui ont déterré la hache de guerre parce qu’ils ne veulent plus se contenter de bien-être social pour boire dans nos tavernes.  Nos braves RCMP, la toute Royal Canadian Mounted Police qui vient à peine de fêter ses 100es anniversaires de fondation et échapper à un scandale politique en Alberta. Ceux auxquels j’aurais aimé appartenir, mais dont je n’ai pas pu n’ayant que 22 de QI.  Pire, mes parents sont autochtones, comme si c’était de ma faute.

Il se met à pleurer alors que tous les autres policiers l’entourent.

                                         Policier 3

Mais non! Mais non! Ne pleure pas mon gros nounours…

Les policiers essaient de le consoler.

                                  Policier 1

Tiens, Frank, y va te donner un beau gros suçon.

                                  Policier 5

Je n’en veux pas, bon !

Il frappe sur le plancher.

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