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Un sourire venu d’enfer 32

novembre 18, 2020

Un sourire sorti d’enfer 32

Autobiographie approximative

pp.250à262

35

Congédié pour avoir écrit en français à Montréal.

J’ai accepté un emploi dans une imprimerie au département d’expédition à la Ronald Federated Graphic, à Montréal.

À la Ronald, le travail allait bien; mais il y avait la loi 22 qui, à mon sens, prétendait rendre le Québec français, alors qu’en réalité, les articles de la loi permettaient une plus grande assimilation. Je me sentais un traitre de ne rien faire après avoir connu comment opère les assimilateurs

Au début, j’ai voulu franciser les titres dans les adresses des collants pour les paquets expédiés à l’intérieur du Québec.

Averti par les patrons, j’ai cessé ces opérations. Je voulais de l’argent pour retourner en Amérique du Sud d’où je ne pouvais pas me permettre d’être chômeur.

Tout le monde me blâmait de vouloir franciser ces communications. On trouvait ça irraisonnable, sans possibilité d’apporter quoi que ce soit. Je rugissais de travailler en anglais au Québec, après avoir vécu « comment » dans l’Ouest les francophones sont assimilés. Je trouvais cela scandaleux. Que pouvais-je faire seul contre une telle machine?

J’ai abandonné mes expériences durant un mois environ. Il était de plus en plus question de la loi 22, une loi qui, tout en faisant semblant de nous franciser, permettait en réalité une plus grande anglicisation du Québec, grâce à différents articles de la loi. Je rageais. Pourquoi personne ne voyait le stratagème?

Un bon matin, j’ai décidé que je n’avais pas le droit de me laisser assimiler sans rouspéter. En faisant mes collants postaux pour envoyer les paquets d’imprimés, j’ai commencé à réécrire » Directeur général » plutôt que ‘Director general’. J’employais le français pour tout ce qui était destiné au Québec et dans le Canada, puisque le Canada est censé être un pays bilingue. Les paquets pour les États-Unis étaient adressés en anglais. Je ne leur touchais pas.

Après quelques jours de cette pratique, le chef de l’expédition m’a averti que si  je continuais je serais congédié. C’était l’anglais ou le chômage.

Je ne pouvais pas me résigner à voir le Québec emprunter les chemins de l’assimilation. J’ai continué comme avant. Selon le chef de l’expédition, l’ordre de cesser d’écrire les titres en français venait du vice-président de la compagnie.

Je devais vider la question. Je ne pouvais pas accepter une telle prostitution.

Je suis entré au bureau. J’ai rempli toutes les formules de la régie interne en français. J’ai traduit les Black Wash par les Monstres noirs; Bell Canada, par Cloche Canada (selon le Devoir, je ne m’en souviens pas. Ça me surprendrait parce que je croyais dans le sérieux de mon opération). C’était bien peu de chose, mais ça a eu le même effet que vouloir enlever le mot ‘stop’.

Le lendemain matin, le chef du département est venu me trouver pour m’annoncer mon congédiement. J’ai demandé à voir le vice-président puisque l’ordre venait de lui.

  • Penses-y, dit mon chef de département. Tu es bien ici. Nous sommes satisfaits de ton travail. Même si tu laisses ton emploi, personne ne voudra te suivre. Rien ne sera changé. Personne ne saura pourquoi tu as été congédié.

J’ai insisté pour voir le vice-président et c’est à contrecœur que j’ai été conduit au bureau du chef du personnel plutôt qu’au bureau du vice-président.

Je me suis installé à son bureau. Je lui ai fait part de mon point de vue. J’ai sorti une pomme ou une tomate apportée pour dîner. Je l’ai soigneusement coupée durant que nous discutions.

  • Veux-tu me faire peur avec ton couteau?
  • Non, mais je suis heureux que vous vous rappeliez qu’un gars a déjà fait sauté trois des vôtres. Un employé venait de tuer ses supérieurs.
  • Ce sont des menaces?
  • Je suis seul et non violent, mais si les travailleurs dans les compagnies continuent à travailler dans une autre langue, à devoir toujours se contenter des emplois subalternes, vous pourriez venir qu’à faire face à des gars qui, eux, seront violents.

En moussant la loi 22, vous vous préparez un maudit bon carnage. Ce n’est pas quand vos usines seront occupées ou qu’on vous fera sauter qu’il sera temps de commencer à réfléchir.

  • Je ne parle pas avec les terroristes.
  • Je ne suis pas un terroriste. Je vous avertis simplement que si vous ne changez pas de direction, ça va aller mal au Québec. (Ce que je croyais et ressentais.)

La discussion devenait impossible. S’il m’avait écouté religieusement quand je lui ai expliqué ce que signifiait pour moi la francisation des entreprises, il goûtait un peu moins mes avertissements. Je les croyais pourtant justifier : le mépris n’aura qu’un temps. Les Québécois ne se laisseront pas toujours faire.

J’avais l’air fin avec mes « jamais plus je ne toucherai à la politique ».

Encore chômeur, cassé comme un clou, en pleine guerre sainte pour le français au Québec. J’avais réussi à me remettre dans la merde.

Il ne faut pas croire que cette décision m’a valu bien des heures de gloire. Je me suis fait dire le plus honnêtement du monde que je n’étais qu’un « one man  show », que je me prenais pour un autre.

Ce fut un peu l’histoire de ma vie. On dirait qu’il faudrait que je me méprise parce que je suis différent des autres.

La campagne pour la francisation à la Ronald a été similaire à bien des égards émotifs à ma campagne Rhinocéros.

Je ne voulais pas comme à l’époque entendre parler des héros et encore moins me prendre pour un cas de bande dessinée. En même temps, je ne pouvais pas admettre d’être indifférent à l’avenir du peuple auquel j’appartenais.

C’est la crotte au cul que le jeudi je me suis présenté devant l’usine avec une pancarte sur laquelle était écrit Congédié pour avoir écrit en français à Montréal. Mon arrivée n’a pas tardé à bouleverser les habitués du coin.

Durant tout l’après-midi, deux travailleurs ont surveillé ce qui m’arrivait. D’autres auraient voulu que le syndicat s’en mêle, mais c’était une perte de temps : je n’avais pas encore ma permanence.

Il a fallu peu de temps pour que surviennent deux autos de police.

  • Ton nom et ton adresse.
  • Jean Simoneau. 3911 Berri. Je ne vous dirai rien d’autre comme m’en autorise la loi et si vous m’arrêtez, je porterai plainte pour arrestation illégale.
  • Minute papillon !

Un des policiers est alors allé discuter avec un autre. Ils ont communiqué avec leurs supérieurs avant de me revenir.

  • Tu connais la loi. Tu peux rester.

Ils se sont installés ensuite en auto à chaque bout de la rue. C’était la première fois de ma vie que la police me protégeait, tout en me surveillant. Ça faisait

nouveau et surtout très bizarre. L’atmosphère était quand même tendue dans ma petite tête. Je marchais les fesses serrées, mais avec fierté.

Depuis Sherbrooke, dès que la température montait, j’avais la certitude de me faire tuer. Les sueurs étaient d’autant plus de mise que le hasard a voulu qu’il se produise deux accidents de la circulation à proximité.

Quand les patrons ont quitté l’usine, à la fin de la journée, ils étaient protégés par des hommes à manteaux longs. Mon message avait bien passé. Ils avaient peur de moi ou, du moins, ce que je représentais comme présage à leur loi sur le français.

En descendant chez moi, un bonhomme m’a accosté pour m’offrir du travail beaucoup plus payant, si je perdais ma pancarte. J’aurais dû accepter, mais j’étais engagé dans la lutte patriotique. Un chevalier abandonne-t-il son épée devant son ennemi?

À cette époque, je n’avais pas seulement peur de la police qui pouvait comme aux États-Unis ou en Amérique du Sud commencer à éliminer les opposants au régime. Mon expérience à Sherbrooke me faisait craindre la pègre et la police locale au service des libéraux. Je craignais plus souvent les attentats venant d’eux, attentats que l’on passait ensuite sur le dos du FLQ. Ouvrage partagé avec la GRC.

Je voulais continuer, mais je ne voulais pas agir seul. J’avais trop peur. « À deux, si on me descend, j’aurai un témoin. » Personne n’était intéressé. C’était à désespérer, puis un miracle.

Mireille Despard, la petite amie de Gilbert Langevin, a décidé de m’accompagner, lors de ma prochaine manifestation, soit à la fête du Canada, le premier juillet, Place du Canada, à Montréal.

Mireille était une bonne indépendantiste qui n’avait pas peur de ses convictions. Elle trouvait l’expérience particulièrement intéressante. Ça valait le dérangement, disait-elle.

Comme convenu, je suis parti avec ma pancarte pour rejoindre Mireille devant l’édifice, près de la Place du Canada. Puisque je n’arrive jamais à me retrouver dans Montréal, j’ai passé seul dans une foule de quelque 800 personnes qui assistaient à un défilé de mode pour fêter le Canada.

J’ai retrouvé Mirelle, plus peureux que jamais. Je divaguais en grande. « J’étais pour aller à Barnston, même si craignais me faire tuer ». La peur de me faire tuer est un vieux traumatisme depuis mon emprisonnement en 1963. Le temps n’était pas aux rêves, aux cauchemars, mais à l’action.

Mireille souriait. Elle participait à cette manif, curieuse de connaître les réactions. Elle fut étonnée que personne ne nous prenne à partie. J’ai toujours eu beaucoup d’admiration pour Mireille. Elle se promenait avec sa pancarte  » Le Québec aux Québécois. Le Canada aux Canadians », comme si de rien n’était alors que j’étais fou de peur. Mireille présageait-elle le côté culturel des recommandations de la commission Pépin-Robarts, affirmant la spécificité québécoise?

Une première couverture journalistique fut faite par le quotidien Le Jour. L’affaire prenait de l’ampleur.

J’ai participé à une seconde manifestation. Il pleuvait et faisait tellement tempête que nous ne pouvions plus avancer dans la rue avec nos pancartes. Je me suis mis à l’abri et un journaliste du Journal de Montréal a croqué à nouveau cet évènement. Je ne voulais pas être vedette, je me fichais que l’on ne sache pas qui j’étais, mais je voulais que les gens comprennent ce qui se passe au Québec. Les Québécois sont de plus en plus étrangers chez eux.

J’étais décidé à crever s’il le fallait pour que ça change.

Que pouvais-je faire de plus, sinon me présenter devant le parlement de Québec où on étudiait la loi 22?

J’ai ajouté un deuxième message à la pancarte. J’y ai dessiné un petit revolver symbolisant toutes mes lettres échangées avec le gouvernement à cette époque. On pouvait lire sur un bord de ma pancarte le message habituel; mais de l’autre côté avec le petit revolver, on lisait : La 22 sur le 22. Le message initial devait être la 22 sur le 22 ou la 222, selon la chanson de Pauline Julien, la Croqueuse de 222.

Je dessine très mal. Je ne suis pas parvenu à tout écrire. C’est ainsi que mon message a pris une tout autre dimension dans la tête de certains ministres du gouvernement Bourassa. Quand je rencontrais un ministre, je tournais toujours la pancarte du côté de la 22. Cela semblait plus de circonstances.

  • As-tu vu? disaient certains ministres énervés. Ils ne pouvaient rien faire. Je me promenais seul et quand il pleuvait les surveillants au parlement me craignaient si peu qu’ils me permettaient d’attendre le soleil à l’intérieur. Lorsque je suis arrivé, un des surveillants était venu me demander :
  • Est-ce que beaucoup d’autres de ta gang viendront?
  • Je ne sais pas. Pour l’instant, je suis seul à avoir perdu mon emploi pour avoir écrit en français.

L’après-midi, j’ai rencontré deux beaux petits gars. J’en ai profité pour faire de l’œil au plus vieux et lui chanter un peu la pomme. Comme dans la campagne rhino, cet événement me permit de prendre mon action moins au tragique et de donner ainsi un meilleur rendement.

Les journalistes ne le prenaient pas de cette façon. Certains ont écrit que pour un gars qui venait de perdre son emploi, j’étais pas mal souriant. Ceux-ci ne savaient pas que j’avais déjà pleuré parce que j’avais perdu mon emploi.

Avec le temps, ça devient presque une habitude, même si ça fait toujours mal. À chaque fois, tu te demandes, si ce n’est pas toi qui es tout de travers. Tu doutes de tes compétences et de ta lucidité.

Mes manifestations ne visaient qu’à faire comprendre qu’au Québec il est possible d’être congédié pour avoir utilisé la langue de la majorité. Quelle injustice sociale voulez-vous plus criante?

À la fin de la journée, le ministre du Travail, Jean Cournoyer, est sorti seul du parlement et s’est dirigé droit vers moi.

  • As-tu porté plainte au Ministère?
  • Évidemment !
  • Que t’a-t-on répondu?
  • Rien, comme d’habitude.

J’ai décidé de me présenter en Commission parlementaire, même si j’avais la conviction que je ne serais jamais écouté.

Mon sourire m’ouvrait toutes les portes.

J’ai laissé ma pancarte à l’entrée et je me suis rendu là où les députés délibéraient sur la langue.

Dans la salle d’audience, j’ai sorti de ma sacoche une pancarte miniature exprimant mes revendications. J’avais mis des cartons pour pouvoir réécrire le message si on me l’enlevait. À la demande de Bourassa, un policier est venu me l’enlever.

J’avais apporté une petite tablette pour écrire et crayon-feutre rouge. J’ai refait la pancarte à des dimensions misérables. J’ai levé le carton au bout de mes bras en direction des députés. La police est revenue, même si Bourassa était parti.

L’ordre était venu cette fois de Dracula Cloutier. J’ai recommencé, mais quand le policier s’est présenté pour m’exhorter de cesser ou de partir, j’ai choisi la porte. Curieusement, le policier s’excusa de devoir appliquer la loi. Il est interdit de manifester à l’intérieur du Parlement. Je n’en revenais pas : la police du parlement avait la réputation d’amener les belligérants dans les toilettes pour leur faire comprendre à coups de poing de ne pas penser de telle ou telle façons. Pourquoi un officier s’excusait-il de m’expulser?

J’avais réussi. Mon texte était entre les mains des députés et des journalistes. J’y posais des questions quant à la mort de Laporte et la crise d’octobre. J’affirmais que la loi 22 était un moyen hypocrite d’imposer dans les faits le bilinguisme, en faisant semblant de vouloir tout franciser.

J’y voyais un moyen de provoquer une guerre civile qui justifierait une nouvelle intervention de l’armée. Cela permettait d’écraser encore plus les indépendantistes sous le couvert de la sécurité nationale. Comment recommencer le coup de 1970 à moins de créer un mouvement de masse pour le justifier? Je ne sais pas ce qu’en ont pensé les ministres, mais le Conseil des ministres ordonna une enquête sur mon cas.

L’animateur de CKVL, M. Mathias Rioux, me demandait sur les ondes de la radio de faire confiance à son ami le ministre du Travail, M. Cournoyer. Pourtant, M. Rioux ne m’a pas aidé à faire savoir aux gens que la Ronald Federated Graphics avait refusé de répondre à l’enquête du gouvernement, comme le l’a prouvé un employé du ministère du Travail.

J’ai continué de boire, le soir. C’est le meilleur moyen d’oublier la peur. C’est difficile de faire autrement quand tu sens que personne ne t’appuie réellement. J’étais peut-être trop paranoïaque pour poursuivre seul de telles manifestations. Pourtant, je m’amusais en le faisant. Ce devait être autre chose. Je me prenais peut-être trop au sérieux.

Je devais continuer même si tout le monde riait de moi. L’affaire du couteau était survenue après que je fusse irrévocablement congédié. Je n’avais rien à perdre et rien à me reprocher. C’était un moyen pour attirer l’attention et un peu, mon entêtement à vouloir passer pour un grand révolutionnaire.

Je me rappelle une de nos discussions avec le grand poète Vannier qui me disait qu’il était, un grand révolutionnaire. Il venait de publier « La fée des étoiles » et une photo du clitoris de sa blonde. Je lui avais dit :

  • Il n’y a rien de révolutionnaire là-dedans puisque tout le monde va jouir à la regarder. Si tu veux faire la révolution, parle de choses que les gens détestent. Parle comme moi de pédérastie.

Je me croyais un vrai révolutionnaire comme je me suis cru capable d’être un jour un bon écrivain. Pour moi, la révolution c’était changer le monde pour que chaque individu ait sa place et le respect qu’il mérite juste du fait d’être un humain.

J’étais certain de la véracité de ce que je disais. L’assimilation, je l’avais vécue. Je savais de quoi je parlais. La défaite du NPD, je l’avais ressentie avant même qu’elle arrive. Pourquoi n’aurais-je pas raison quant à la loi 22 et ses intentions ?

Faute d’avoir justice au Québec, je me suis tourné vers le Parlement d’Ottawa où j’ai réussi à montrer ma pancarte à Trudeau quand il a quitté le parlement, le midi. J’étais près de sa voiture. Il ne pouvait absolument pas ne pas m’avoir vu.

L’après-midi, il donnait une conférence de presse. Je l’ai attendu plus d’une heure devant la salle de presse quand arriva un véritable groupe de guêpes. C’était Trudeau et sa meute de journalistes. Il était si mal gardé que j’ai pu m’installer juste derrière lui pour l’escorter jusqu’à la salle des conférences. Il ne m’a pas dit un mot. C’était mieux ainsi.

Les journalistes ne se sont pas occupés de ma présence. J’étais un francophone et ma pancarte était écrite seulement en français. Perdre son emploi au Québec aurait été grave s’il s’était agi d’un anglophone qui aurait perdu son emploi pour avoir écrit en anglais.

J’aurais pu lui casser ma pancarte sur la tête, mais ça n’aurait rien apporté de positif. Je me serais dé frustré tout au plus. J’aurais été jugé et proclamé malade mental.

À la fin de la conférence, Trudeau devait retourner au parlement en automobile. À sa sortie, il y avait une très belle femme qui l’attendait. J’ai d’abord pensé qu’il s’agissait d’une autre pâmée de la Trudeau manie, plus belle et plus jeune que celles que nous montrait habituellement la télévision.

Malgré les exhortations des policiers et de cette femme, Trudeau a décidé de se rendre à pied au parlement avec Marguerite. Eh oui, c’était son épouse. Si Trudeau et Marguerite étaient très calmes, les policiers eux étaient très nerveux

Les agents de la GRC essayaient dorénavant d’empêcher ma pancarte de pouvoir être prise par les photographes. En route, dans les escaliers, un photographe a trébuché alors qu’il marchait à reculons. Trudeau l’a aidé à se relever. Les policiers m’ont oublié et j’ai pu ainsi faire photographier ma pancarte pendant que Trudeau lui tendait la main. La photo reprise par l’agence de presse fut envoyée aux journaux. J’avais réussi ma mission : j’avais passé le message à la grandeur du Canada, mais…

Dans les journaux, les éditeurs assoiffés de noirceur ne voulaient peut-être pas voir le message. Ils pouvaient noircir la pancarte et rendre presque impossible la capacité de lire ce qui s’y trouvait. C’était peut-être aussi une question de foyer?

Je ne savais pas quoi penser de Trudeau. Il avait définitivement recherché un tel événement. Pourquoi? J’avais une nouvelle peur. Les libéraux avec la GRC ou la pègre (ou les deux, car ils travaillent parfois ensemble) organiseraient-ils un attentat contre la Ronald? J’y serais certes le premier soupçonné. Je pourrais bien être comme certains felquistes condamnés pour des crimes qu’ils n’ont jamais commis. Pierre Paul Geoffroi est l’exemple le plus plausible. Était-ce un scénario vraiment fou?

Le soir même ou dans les jours qui suivirent, la GRC découvrait une bombe qu’elle avait probablement déposée elle-même, près de son bureau, à Ottawa. Drôle de hasard !

Pendant la crise de la loi 22, l’agent Robert Samson de la GRC sautait en allant porter une autre bombe chez Steinberg. Presque personne ne savait qu’il y avait un conflit syndical chez Steinberg, mais tout le monde connaissait le projet de loi 22. Pourquoi essayait-on de minimiser l’importance de l’agent Samson, en prétendant que c’était une espèce de fou qui aime les petites filles ?

Fallait-il d’autres preuves que la violence au Québec est souvent l’acte de la GRC comme l’ont démontré par après les Commissions d’enquête Keable et Macdonald sur le terrorisme et les agissements de la police fédérale ?

Est-ce que les communiqués reliant le FLQ à Cuba étaient tous des inventions de la GRC pour prétendre que le FLQ était un mouvement communiste? Est-ce que la go-gauche, surtout dirigée par les Anglophones de la gauche montréalaise, était responsables de ces textes? Y a-t-il un rapport stratégique entre les affirmations de Trudeau aux États-Unis, les communiqués de ces dites cellules et vouloir faire croire que le Québec est le second Cuba du Nord? Jusqu’où la CIA avait-elle les coudées franches? Le FLQ marxiste aurait-il été inventé pour donner plus de crédibilité à Trudeau aux États-Unis? Voulait-on ainsi, connaissant la peur maladive des communistes chez les Américains, faire cautionner le besoin d’écraser le Québec? Être francophones en plus d’être communistes, ça fait bien plus peur.

J’ai écrit à Keith Spicer, commissaire aux langues. Ce fut évidemment sans succès. Spicer ne protège que les Anglais. Il suffit de lire sa chronique dans La Presse pour en avoir la preuve. Le Protecteur des droits linguistiques des Canadiens ne  m’a  même pas répondu, encore  moins  soutenu  dans  ma  lutte.

Il ne restait qu’une possibilité faire appel aux Nations Unies. C’est ce que j’ai fait.

J’ai exprimé l’avis que les Nations Unies pourraient enquêter sur ce qui se passait au Québec en s’intéressant au cas des felquistes qui étaient privés des droits fondamentaux garantis par les pays signataires de la Charte des droits de l’homme. Je n’ai pas été écouté davantage. Je me suis rendu à la Ligue des droits de l’homme. Je n’ai pas plus été écouté. Serait-ce que l’on ne me prenait pas au sérieux? Même la ligue avait perdu la langue.

Les droits individuels, ça existe, mais pas pour Simoneau, les pédérastes et les pédophiles. C’est un francophone, un radical, une espèce de fou.

Les libéraux étaient-ils infiltrés partout par la pègre et la GRC? Pourquoi ce mariage Trudeau et go-gauche? Mariage qui est encore plus plausible depuis l’élection du Parti Québécois. Les libéraux sont liés avec la go-gauche surtout dans les dossiers du logement, de la libération des femmes, l’assistance sociale, dans les syndicats, particulièrement dans les hôpitaux et les CLSC. C’est quasi invraisemblable, mais c’est pourtant une réalité.

L’extrême gauche combat avec l’extrême droite de Ryan contre le gouvernement péquiste. Ce gouvernement est nationaliste donc un ennemi des deux autres formations qui se veulent canadiennes.

Mon père l’a compris bien avant moi. Je ne voulais pas le croire parce que j’ai une foi inébranlable dans les syndicats

Mes péripéties ne m’empêchaient pas de boire, surtout quand je participais à une soirée de poésie avec Gilbert Langevin. C’est à qui paierait le prochain verre.

Un soir, j’ai été ramassé par la police. Langevin était parti et je me suis endormi sur un banc.

Au poste, j’ai été reçu par des policiers en civil. L’un d’eux portait la barbe. Je me rappelle peu de cette rencontre, sinon que le barbu voulait savoir de qui je parlais quand je nommais Pier Elliot, dans mon carnet d’adresses (probablement celle du parlement).

  • Trudeau, évidemment !

J’ai gueulé en affirmant que je rencontrais des journalistes le lendemain matin.

  • Touchez-moi pour voir. Vous n’aurez pas fini d’en entendre parler.

Les policiers ne m’ont pas battu, du moins, je ne m’en rappelle pas. Ils avaient été plus brillants que la fois où ils s’en sont pris à une femme qui se disait conseillère municipale à Montréal et qui l’était effectivement.

Quand j’ai exigé d’appeler un avocat, la police me concéda ce droit. Ne sachant qui appeler, il n’y a pas de services juridiques, 24 heures par jour où tout détenu peut appeler, j’ai demandé le bottin téléphonique. J’en ai eu un, mais toutes les pages où il était possible d’avoir la liste des avocats avaient été arrachées auparavant.

J’ai été conduit en cellule. J’essayais de dormir sur le plancher quand un policier s’amena en criant :

  • Aie ! Simoneau, est-ce toi qui as perdu son emploi pour avoir écrit en français?

J’ai fait semblant de dormir et je ne lui ai pas répondu. J’avais déjà assez mangé de raclées à Sherbrooke, sans recommencer à Montréal. Je n’aime pas souffrir.

J’ai été transféré au poste no 1, dans une cellule où s’y trouvaient déjà quelque cinq personnes. Tout à côté, un autre individu était enfermé seul dans une cellule dont la porte donnait sur la nôtre.

Dans ma cellule, un prisonnier, de toute évidence gai, me faisait des clins d’œil, des petits sourires. Si j’avais été seul, j’aurais volontiers passé à la caisse. Les relations sexuelles me font un grand bien contrairement à celles qui geignent parce qu’elles se sont fait faire de l’œil. Malheureusement, dans une autre cellule, le prisonnier seul s’est mis à gueuler en anglais contre le FLQ.

  • Tu pourrais au moins parler français, lui ai-je lancé.

L’Anglais continua avec plus d’énergie. Il ajouta vulgairement vouloir se faire sucer par un Frog. Nous nous regardions, nous demandant comment lui fermer la gueule. Je me suis approché de sa cellule et je lui ai demandé :

  • En as-tu une belle toujours?
  • Va donc chier, maudit singe!
  • Je te l’avais dit que tu parles français!

Les prisonniers riaient ainsi qu’un gardien qui s’était approché.

Le matin, je gueulais parce que l’on ne m’avait pas laissé mes lunettes, contrairement, aux dispositions des accords de Genève ou quelque chose du genre. J’avais appris l’existence de cette règle un peu plus tôt dans une discussion.

  • C’est pour te protéger, de me dire un des policiers. Que t’arriverait-il, baveux comme tu es? Que ferais-tu si tu te trouvais seul avec un Anglais comme cette nuit dans ta cellule?

Je me suis présenté en Cour. Le juge a lu l’accusation et m’a demandé si je plaidais coupable ou non coupable.

  • Coupable, de dire le policier qui m’accompagnait.

Quand j’ai voulu rouspéter le policier m’a poussé en me disait :

  • Envoie, file, t’es libre.

J’étais tellement fou que j’ai chialé quand on m’a remis mes affaires personnelles parce qu’on avait écrit « wallet » au lieu de « portefeuille ». Je ne voulais pas partir avant qu’on l’ait écrit en français.

J’ai décidé de poser un dernier geste patriotique en me présentant à l’ouverture des fêtes de la francophonie, à Québec.

Dans l’autobus, en route pour Québec, un jeune riait de moi.

  • Tu perds ton temps, seul, avec une pancarte. Tu dois être complètement malade.

En arrivant devant le parlement, les journalistes se sont précipités sur moi alors que les policiers tentaient de m’empêcher de répondre aux questions des journalistes étrangers. Grâce aux jeunes sur place qui m’ont aidé, j’ai grimpé sur la plate-forme d’un monument devant le parlement d’où je pouvais être vu par les manifestants.

Le jeune qui m’accompagnait dans l’autobus se présenta et tira une photo de ma pancarte.

  • Je vais te photographier pour avoir un souvenir. Tu dois être un gars pas mal grave. Avant que tu arrives, le cordon de policiers était de l’autre côté. Maintenant, ils sont rendus près d’ici.

Effectivement, les policiers s’étaient rapprochés tout près. Aucun cependant ne m’emmerda.

J’ai participé au défilé. J’étais très gêné. Je me sentais comme un petit gars espiègle. Souvent, la foule applaudissait en voyant ma pancarte. Une dame m’a crié :

  • Tu peux bien avoir perdu ton emploi, avec les cheveux que t’as.

Et, je lui ai répondu du tac au tac :

  • Je n’écris pas avec mes cheveux.

Ma visite a été remarquée puisque le journal Le Jour mentionna, en éditorial, je crois, que même en Afrique, un journal a fait mention de ma pancarte, mais Ronald était encore une entreprise anglaise.

J’ai passé le reste des fêtes avec des petits gars. L’un d’eux avait particulièrement laissé ses scrupules à la maison. Ce fut de très belles manifestations. Juste les yeux de ce petit Québécois me prouvaient que je n’avais pas travaillé pour rien. Les petits sont si beaux que tu peux risquer quelques claques sur la gueule pour te donner le droit de les aimer. Quant aux Africains, ils sont simplement fascinants. Je ne savais pas que les tamtams me rendaient si euphorique.

Je craignais me faire descendre pendant que je manifestais. Il n’en fut rien. Trop de gens savaient ce qui se passait et s’inquiétaient de mes retards. Par la suite, j’ai participé au Tribunal de la femme, un groupe de femmes qui s’étaient regroupées pour juger le gouvernement libéral. Ces dernières, ayant appris que j’avais été expulsé, se sont rendues après moi au Parlement, à la Commission sur la langue, et elles se sont enchaînées aux chaises pour qu’on ne puisse pas les expulser à leur tour.

J’ai eu le temps de tout oublier avant que les libéraux répliquent. Je savais que j’y goûterais quand je serais moins suivi par la presse.

Ils se servirent évidemment de ma sexualité pour me planter. La sexualité est un besoin naturel réprimé par les autorités pour leurs profits.

Le plaisir est au centre du besoin sexuel. Il est l’acceptation et la fierté de son corps. C’est essentiel à la capacité de s’aimer et d’aimer les autres.

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