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Un sourire sorti d’enfer 28

novembre 14, 2020

Un sourire venu d’enfer 28

Autobiographie approximative

pp. 216 à 226

Je me suis dirigé vers un club fréquenté par des Québécois. Comme prévu, j’y ai rencontré des amis de Jimmy qui, eux, n’étaient pas en tôle. Ceux-ci étaient tout particulièrement excités par l’arrivée d’une belle fille de seize ans environ, venue du Québec. Nancy, après avoir absorbé quelques comprimés de drogue, était partie sur le pouce. Un voyage sans but, ni itinéraire.

J’ai discuté près d’une heure avec les copains, sans attacher d’importance à la nouvelle venue, sans manifester mon intérêt pour elle. Cette indifférence a eu raison de sa curiosité. Pourtant, je l’avais observée depuis son arrivée. Je la trouvais fort belle.

  • Tu n’as pas l’air d’aimer les femmes ?
  • Je n’ai rien contre les femmes, ce sont des êtres humains. Elles ne m’intéressent tout simplement pas sexuellement.  J’aime les petits gars.
  • C’est contre nature…
  • Ce doit être pour cette raison qu’il existe des gars comme moi depuis le début de l’humanité. En Grèce comme à Rome, le sommet de l’amour a toujours été la passion de l’adulte pour son privilégié. Un homme comprend mieux un autre homme. Ce sont les institutions économiques qui ont inventé la nécessité d’être un couple hétéro. Dans notre société, on force les jeunes à devenir hétérosexuels. Si tu n’obéis pas à ce moule, tu es la risée de tout le monde. Vers dix ans, tes parents te pointent du doigt si tu n’as pas une petite blonde.

Pourtant, avec la surpopulation, les sociétés devront finir par admettre que l’orientation sexuelle est à la fois génétique et en grande partie culturelle. L’homosexualité est la solution la plus respectable et la plus naturelle contre la surpopulation. Les gens vont se lasser des guerres pour dépeupler et équilibrer les marchés. Les peuples n’ont plus autant besoin de soldats et l’homme mérite plus que d’être une fonction sociale ou guerrière.

  • Il n’y aura plus d’enfants ?
  • Il y en aura toujours, mais l’amour ne sera plus intimement lié à la procréation. Quand ces distinctions naturelles seront faites, il importera peu que la passion éclose entre gens de sexes différents ou du même sexe. L’amour est au-delà de la couchette. Le plaisir est une chose, l’amour en est une autre.

Les enfants ne seront plus considérés comme un symbole de réussite. Les adultes s’en occuperont par amour, donc, dans la gratuité. Ce ne sera plus leur simple projection pour rêver d’être immortels.

Combien d’hommes se marient pour échapper à l’opinion des autres? Combien d’hétéros ne connaissaient rien aux femmes, les méprisent même, en faisant semblant d’être normaux alors qu’ils se seraient mieux réalisés en tant qu’être

humain, s’ils avaient été seuls ou avec un autre homme? Il est aussi urgent que l’on recommence à reconsidérer la femme comme un être humain, non plus comme un simple rôle social, celle qui donne des enfants.

J’ai de la difficulté à comprendre les femmes. Je leur reproche leur masochisme, leur jalousie, leur obsession contre tout ce qui est sexuel, leur hystérie religieuse, leur hypocrisie pour dominer en se servant de leur capacité de pleurer pour te rendre coupable. Il suffit pour une femme de pleurer pour faire ramper n’importe qui. Elles crient contre leur état d’inférieures et pourtant elles se proclament toujours victimes.

Généralement, les femmes bénéficient d’une multitude de privilèges, dans nos lois civiles surtout, mais elles prétendent encore qu’elles sont exploitées. Elles blâment les mâles pour leur faible salaire alors qu’elles sont contre les syndicats. Donc, elles encouragent les boss à les exploiter. Elles n’ont qu’à se syndicaliser comme les hommes. Les femmes devront apprendre à accepter une critique constructive et cesser de se comporter toujours comme si elle était un être inférieur. Elles ont un pouvoir qu’elles ne font que commencer à exercer.

Quant à moi, elles ne m’excitent pas sexuellement autant qu’un petit gars. Je suis comme ça et je n’y peux rien. Je ne fais que commencer à découvrir leur beauté.

  • Les petits gars, tu peux les…
  • Je ne les pervertis pas. Je ne les traumatise pas. Ce sont des légendes urbaines pour permettre au système judiciaire de continuer à faire croire dans le danger de la sexualité chez les jeunes, comme les curés l’ont toujours prétendu. La peur de la sexualité entre un adulte et un garçon est devenue une véritable mafia du chantage. On regardera bientôt comment tu agissais alors que tu étais encore dans tes couches. Qui peut se rappeler ce qui s’est passé il y a plus de dix ans ? Même si on te met en prison est-ce que ça change ce qui s’était passé. La justice est la pire des injustices parce que le judiciaire ne devrait pas avoir un mot à dire sur la vie sexuelle à moins qu’il y ait violence de part ou d’autre. Je ne fais que leur permettre de découvrir leur beauté et l’apprécier. La pédérastie ou l’amourajoie, c’est la même chose, c’est une histoire d’amour.

Je suis bien moins néfaste pour eux que la violence dans les jeux vidéo et à la télévision. C’est un stéréotype de croire que les hommes sont automatiquement forts, riches et dominateurs. Ce ne sont pas tous les hommes qui vivent leur sexualité en se servant de violence, c’est même tout le contraire, j’espère. Les hommes, selon les féminounes ne sont que des muscles, sans cerveau pour les animer.

  • C’est contre nature…
  • Qui nous fait croire cela? Les ignorants. Les curés. Les juges. On croyait que le sperme était une partie du cerveau ou de la colonne vertébrale d’où a-t-on attaché autant d’importance aux éjaculations. Dans la noblesse, le sperme déterminait ton rang. Est-ce encore justifiable aujourd’hui? Pourquoi un homme doit-il nécessairement être hétérosexuel? Il y a en a qui sont gais, d’autres qui sont bisexuels, et alors? Il faut évoluer au fur et à mesure que nos connaissances sont plus évoluées. Si tu cherches à recommencer un jeu sexuel avec un adulte, ce n’est sûrement pas parce que tu t’es senti violenté, mais, au contraire, que l’expérience précédente a été fascinante, jouissante.

Aurait-on peur que le petit gars aime trop ça? Aurait-on peur que cette connaissance remette en question l’approche débile que nos sociétés ont de la sexualité? D’ailleurs, on ne fait pas la distinction entre sexuel et génital.        

C’est faux de prétendre qu’un jeune qui a des relations sexuelles dans sa prime jeunesse aura de la difficulté à éjaculer et vivre correctement sa sexualité quand il sera adulte. On nous ment, mais ça fait l’affaire de la majorité donc, on le croit. Un psychologue perdrait son droit de professer si jamais il disait que le jeune peut aimer ses relations avec un adulte. On préfère croire que le jeune est automatiquement une victime, qu’il ait aimé ça ou pas.      

On peut faire l’amour pour l’amour. On n’est pas obligé de remplir sa fonction de mâle géniteur pour prouver sa force, sa fertilité. Les femmes valent plus que l’espace qu’on leur accorde dans nos sociétés. Elles ne sont pas qu’un objet de réalisation, un bijou qu’on met en montre, un porte-petits, un nettoie tout, un cuisinier gratuit. Il est temps que la société révise toutes ses conceptions dépassées en ce qui touche à la sexualité, car l’inégalité homme femme repose sur les idées que l’on se fait de la sexualité.

  • Pas un jeune ne peut accepter la pédérastie… C’est contre sa nature. Il doit être initié de force pour accepter de se livrer à des rapports sexuels.
  • La belle farce! J’ai toujours été amourajeux (pédéraste) et je n’ai jamais forcé un jeune. Les jeunes savent le plaisir qu’on peut trouver à se faire sucer, mais les adultes refusent de croire que les jeunes peuvent y rêver par eux-mêmes. Ils pensent ainsi parce qu’on ne sait pas faire la nuance entre la pédérastie et la sodomie.
  • Il est possible de sucer, se masturber, se caresser, sans être sodomite. La sodomie est d’ailleurs l’objet d’un interdit particulier dans nos lois. C’est la seule chose qui puisse nous permettre de croire dans la violence lors d’un rapport sexuel gai, quel que soit l’âge. Se faire enculer, ça fait mal. Je ne sais pas pourquoi on peut aimer ça.

Il y a quelques semaines, je me promenais en autobus. J’étais assis seul à mon siège. J’essayais de dormir. En ouvrant les yeux, j’ai aperçu la main d’un petit vieux entre les jambes d’un magnifique petit bonhomme de quatorze ans environ, qui le laissait faire en faisant semblant de dormir. Le vieux a cessé en voyant que je le regardais. Le jeune a fait semblant de se réveiller pour savoir pourquoi le vieux lâchait la distribution de ses délices paradisiaques. Il m’a aperçu. Je lui ai souri et je me suis gratté entre les deux jambes. Le jeune me dévisageait. Il était de plus en plus excitant. Il a simplement dit « il fait trop chaud ici». Il s’est levé et est venu s’asseoir à mes côtés. Je savais ce qu’il voulait. J’ai profité de la noirceur pour laisser couler la vie dans ma gorge. Il se pâmait tellement, j’avais peur que les gens s’en aperçoivent. J’ai fini de le sucer quelques secondes avant que la lumière revienne lorsque nous sommes entrés en ville.

Crois-tu vraiment que ce jeune ne savait pas ce qu’il voulait? Et, je t’assure ce n’est pas un cas exceptionnel. Ceux qui prétendent qu’on force les jeunes ne savent pas de ce dont ils parlent. Ils projettent leur façon de voir et n’essaient

même pas de savoir ce que les jeunes veulent ou pensent réellement. Nous avons terminé le trajet dans les bras l’un de l’autre.

À l’arrêt de l’autobus, il m’a présenté sa sœur. Nous avons fumé un joint ensemble et il m’a dit où je pouvais le retrouver, si jamais je repassais dans cette ville.

Les adultes refusent d’admettre que les jeunes ont une sexualité depuis leur naissance. Les jeunes se sentent. Ils bandent et jouissent, même s’ils n’éjaculent pas encore.

Les adultes refusent la pédérastie parce qu’ils craignent l’homosexualité. Les femmes parce qu’elles ont peur d’être privées de mâles un jour s’il y a trop de gais. Les hommes parce qu’ils ont peur de ce que les autres peuvent penser d’eux. Quand tout au long de ton enfance, tu as appris à mépriser les tapettes; c’est tout un miracle que d’échapper aux tensions et de vivre heureux comme gai. Même les gais ne savent pas la différence entre un pédéraste et un sadomasochiste. Ils ne peuvent pas imaginer une relation sexuelle sans sodomie.

Un adulte qui utilise la violence ou la force contre un enfant pour avoir une relation sexuelle avec lui n’est pas normal qu’il soit hétéro ou gai.  Je crois que cet individu est tellement frustré  qu’il est devenu incapable de gérer ses émotions ou sentiments. C’est en quelque sorte une victime de la peur et de la honte que la société a engendrée en se servant de la répression sexuelle. C’est le résultat de notre façon de vivre l’existence de la pédérastie. On en a fait un objet de paranoïa. Et, ça joue dans les deux sens.

Si un pédéraste peut agir sans avoir toujours peur de la prison, ouvertement, avec un consentement mutuel, un amour profond, la brutalité ne peut  pas exister, ni même la domination qui est remplacée par la complicité. Il faut créer une nouvelle atmosphère sociale si on veut en arriver à ce respect des jeunes qui leur donne droit de dire autant oui que non. Il faut permettre au jeune de parler de sa sexualité sans gêne, ni honte. Ainsi, s’il a un problème il n’hésitera pas à en parler à ses parents.

La relation avec un petit gars peut être très profitable pour lui. J’ai bien des jeunes qui se sont sentis revalorisés parce que j’ai eu une relation sexuelle avec eux. Cependant, les relations avec un jeune ne se passent absolument pas comme les adultes le pensent. Les adultes sont incapables de ressentir quelque chose de différent à leurs propres expériences.

Les jeunes ont une approche plus saine de la sexualité que la majorité des adultes qui ont été élevés dans la croyance que le sexe est un péché en dehors de la procréation. Ils ne voient pas le plaisir, la jouissance, comme un péché, mais comme une expérience de son propre développement. L’amitié est une tout autre chose, mais l’un n’empêche pas l’autre. Tu peux être ami avec quelqu’un sans qu’il y ait du sexe. Comme disait Freud, il y a le côté génital et la tendresse, les sentiments.

Des jeunes ont déjà voulu se sauver de leur famille avec moi. N’aurait-il pas été mieux avec moi? Peut-être, mais ça ne se fait pas. La famille est la base de  notre société. On pourrait dès la préadolescence avoir le droit de vivre indépendant, mais c’est bien plus hypothétique que réaliste. Quel jeune pourrait assurer sa survie? J’en ai aussi empêché quelques-uns de se suicider. J’admets cependant que le rôle que je joue avec eux est très important. Si je représente l’autorité et que je me permets de les inciter au sexe, je peux effectivement les briser. La situation crée les règles de vie.

Il y a une très grande responsabilité quand on est pédéraste. Il faut savoir vraiment écouter l’autre pour être certain que nos gestes ne les brisent pas, mais au contraire, qu’ils les aident à se développer, à se connaître plus profondément. Mon contact avec eux en est surtout un de pur amour. Je les adore tellement qu’ils ne peuvent pas ne pas s’en apercevoir. Cet amour est partagé.

À Vancouver, la bière coulait toujours à flot. J’ai su où il me serait possible de trouver le repaire des copains de Jimmy. Ce n’était pas facile d’y accéder puisqu’il s’agissait d’une espèce de petite pègre de la marijuana. Je ne pouvais me rendre les rencontrer que sur rendez-vous. J’y serais attendu.

À la fin de la soirée, je suis entré à la maison avec un jeune d’une vingtaine d’années.  Il  connaissait  ma  pédérastie,   car   il   nous   avait   écoutés discuter. Nancy, quant à elle, était partie avec un des gars. Nous avions abandonné notre discussion pour nous amuser davantage. Cela a permis à Nancy d’apprendre que même pour une fille un amourajeux (pédéraste) peut-être très agréable à rencontrer. En s’acceptant mutuellement pour ce que l’on est vraiment, les frustrations disparaissent et les rapports humains prennent une tout autre dimension. L’amitié est toujours au rendez-vous quand on rit ensemble.

Le lendemain matin, le jeune est venu me trouver dans mon lit. C’était sa première expérience. Il en avait rêvé toute la nuit. J’ai dû deviner ce qu’il voulait parce qu’il n’osait pas me le dire. À force de vivre avec les jeunes, tu viens que tu as des antennes. Il a tourné autour du pot jusqu’à ce que je lui dise qu’il me plaisait et que j’aborde la question de front. Je l’ai sucé à quelques reprises. C’est étonnant comme ces jeunes ont du pouvoir quand il s’agit de sexe.

Le lendemain comme convenu, je suis entré en contact avec l’autre groupe de Québécois. J’étais déjà presque une légende : c’est rare qu’un pédéraste ou amourajeux le dise ouvertement. Un des jeunes me plaisait particulièrement, mais il ne voulait rien savoir évidemment. Il avait pourtant le tour d’agacer quelqu’un. Il me confia aller souvent boire chez son concierge, car celui-ci lui tournait après plus assidûment qu’un inspecteur de police en filature.

Pour tuer le temps, nous avons fumé et regardé la BD, Les échos de la savane dont le sens de l’humour nous plaisait énormément.

  • Voilà des mois que j’aimerais voir quelqu’un mourir de peur. Nous allons refumer et nous rendre à la représentation du film L’exorcisme. Celui qui gagne a droit à la récompense de son choix. Tu sais ce que je veux? Te manger. Quant à toi que veux-tu?
  • Tu m’amènes au restaurant.

D’accord, mais pour ne pas nous ennuyer, nous essaierons d’imaginer une situation plus terrifiante.

Nous voilà tous les deux au cinéma, crampé de rire grâce à la marijuana, tandis que les gens autour de nous vivent dans l’épouvante totale. Certains s’enragent même de notre absence de peur et de nous entendre rire. C’est ainsi que j’ai songé à la même position d’un bonhomme gelé qui aurait lui une once de pot sur lui et qui ne peut s’empêcher de rire en écoutant un film d’horreur alors qu’il se sent traqué par trois flics des narcotiques qui essaient de le repérer dans le cinéma. Il ne peut pas s’empêcher de rire, malgré sa peur.

Nous sommes retournés à l’appartement plus joyeux que jamais. Nous avons à nouveau fumé. Je m’amusais comme un fou. Nous sommes allés prendre une bière chez le concierge qui me manifesta aussitôt une antipathie qui ne laissait aucun doute. Il était déjà jaloux de moi. Les aventures pédérastes sont tellement rares que la jalousie est encore plus présente chez eux que chez les hétéros ou les gais.

Le soir, je me suis enfin rendu dans le groupe des nouveaux amis de Jimmy. Eux ne me connaissaient pas.

À la maison, la table était garnie de pot. On travaillait à le mettre en sacs après l’avoir haché. Évidemment, on ne pouvait pas me faire confiance plus qu’il ne faut. J’étais nouveau, même si on me savait invité.  C’était déjà un miracle que je m’y trouve.

J’ai fumé à n’être plus qu’un nuage. Je me suis couché pour mieux jouir de la musique. Les filles défilèrent dans ma chambre. Elles en étaient fatigantes. Elles ne me tentaient pas, car j’avais peur de ne pas bander et d’être ainsi humilié. Comme il était entendu, le lendemain matin, je devais rencontrer leur grand patron.

Le matin, c’était presque la panique dans l’appartement. On me regardait de travers. Pour eux, je ne pouvais être qu’un flic puisque dans la nuit, je m’étais intéressé à aucune. Les questions fusaient de plus en plus pressantes, mais on n’osait pas aborder le sujet avec moi.

Nancy est apparue dans la porte d’une des chambres. En m’apercevant, elle n’a pas pu se retenir et s’est mise à rire comme une folle. Je n’y comprenais rien.

– Pépé! Ce n’est pas un flic, c’est Pépé (elle m’avait ainsi surnommé). C’est pour ça que vous avez toutes mangé de la poussière. Il est aux petits gars.

Le voile était déchiré. Nous avons ri, bu et fumé ensemble. À l’étranger, tu te tiens avec les tiens comme une bande de loups.

Nancy m’excitait de plus en plus. Gelé, je suis autant hétéro que quiconque. Un petit pervers polymorphe. Mes cauchemars d’adolescent sont  bien  loin derrière. Gelé, je n’ai pas peur d’être découpé en morceaux comme nous le disait Allo Police dans mon enfance. Mes peurs de ne pas bander disparaissaient aussi. Le plaisir l’emportait.

Malheureusement, son cavalier arriva. Il était très beau, ce qui compensait pour le désagrément d’avoir de la compétition. Il s’est joint à nous. Finalement, j’ai pu rencontrer le grand boss du gang. Rien n’avait été fait pour sortir Jimmy du trou. On craignait que la police repère le groupe si quelqu’un agissait en sa faveur. Quelle bravoure! J’avais le feu. Pauvre Jimmy !

Après quelques démarches téléphoniques auprès de la police, j’ai appris que Jimmy devait être libéré sous peu. Je ne pouvais pas aller le voir. J’étais descendu de Dawson Creek, de l’autre bout du BC, pour rien. Je me suis rendu au club retrouver mes nouveaux amis, ayant décidé de retourner le plus tôt possible dans le Grand Nord, à la porte du Yukon. Je ne voulais pas perdre trop de cours. J’aimais étudier la cuisine et je voulais avoir le plus tôt possible un métier qui me permette de travailler partout où je me rendrais. Cela me permettrait de voyager plus facilement, sans danger, car, je pourrais le faire en autobus.

Sur le pouce, le soir, j’ai dû m’arrêter à une auberge de jeunesse. Il y avait là un bonhomme extrêmement laid. Il me mangeait sans arrêt des yeux.

Habituellement, j’aime me sentir reluqué, c’est mon petit côté guidoune. C’est un contrepoids à mes complexes selon lesquels je suis trop laid pour attirer qui que ce soit. Je pensais aussi à cette époque que de me laisser tripoter, c’est parfois rendre service à un individu. Ça lui permet de déjouer ses scrupules. Un peu de plaisir lui donne l’occasion de laisser un peu de côté sa nature de martyr par frustration; mais dans ce cas je ne me sentais pas particulièrement attiré par ce sacrifice. Lui, il ne me plaisait vraiment pas. Il était encore plus laid que moi. On aurait dit le diable. Je ne me sentais pas en compétition avec La vraie nature de Bernadette, un film de Gilles Carl.

À la fin de la soirée, il m’invita à coucher avec lui dans la tente indienne. On manquait de place dans la maison. J’y voyais déjà nager l’anguille, même s’il n’y avait pas de roche. Par contre, je le trouvais tellement triste que je ne pouvais pas lui refuser ce privilège. En plus, ce n’était peut-être pas pour pouvoir m’enfourcher. Il y avait beaucoup de belles filles et c’était peut-être une façon de tirer d’embarras les responsables de l’auberge qui ne savaient pas comment répartir les endroits pour dormir.

Les filles sont toujours un problème quand il s’agit de se coucher. Elles ont toujours peur pour leur sexe. J’avoue que j’en avais un peu peur. La gêne est souvent la cause la plus importante de frustrations sexuelles, tout comme l’impression d’être laid, non désiré ou trop vieux pour plaire. À force d’être frustré, tu deviens plus malin, plus violent.

Dans la tente, celui-ci se coucha dans son sac à quelques pieds de moi. Il fit immédiatement semblant de dormir. Je l’avais mal jugé. Je me suis endormi jusqu’aux petites heures du matin. Je me suis réveillé parce que j’avais froid et je l’entendis sangloter en répétant : « No, I want do it. »

  • Il veut me poigner le cul et qu’il n’en a pas le courage, pensais-je. Il faisait vraiment pitié.

Était-il vraiment scrupuleux ou rêvait-il? Je ne savais plus quoi penser. Une seule chose était certaine, j’avais froid pour dix.

J’avais depuis quelques années une perception quasi missionnaire en ce qui a trait à la sexualité avec les vieux ou les laids. J’ai la certitude que la violence vient la plupart du temps des frustrations sexuelles. Aussi, je me suis presque créé un devoir de conscience d’être disponible à quiconque exprime une frustration que je peux soulager. Je le fais gratuitement, en me disant que vieux je serai bien content si un jour un jeune pense ainsi. J’ai souvent choisi le plus laid quand deux personnes me faisaient de l’oeil, en pensant : « qu’il doit avoir moins souvent l’occasion de vivre une telle expérience. Un geste qui lui sera profitable».

Nous avons qu’une vie à vivre, pourquoi la vivre dans la souffrance? C’est ma façon de combattre la violence et la misère. Si je pouvais faire plus, je le ferais.

Fort de cet esprit de solidarité humaine et voulant cesser de geler le plus vite possible; je me suis tassé contre mon compagnon. Je l’entendais avaler sa salive.

  • Quoiqu’il en pense, aie-je pensé, au moins je n’aurai plus froid.

J’en étais venu à souhaiter qu’il se décide s’il avait un problème de conscience. Il a fallu peu de temps avant que je sente une main à la recherche d’un endroit par où pénétrer dans mon sac de couchage. J’ai facilité l’opération et devenez le reste.

Ce bonhomme-là était devenu absolument heureux. Jamais je n’avais vu quelqu’un en profiter avec autant d’intensité et de joie. Il devait être affreusement frustré pour en profiter ainsi. Je suis persuadé que personne n’aurait pu lui rendre un plus grand service. Il était rayonnant, même beau dans son sourire. Cela l’avait tellement excité qu’il en pleurait, même s’il avait de la difficulté à éjaculer. J’étais fier de moi, promu dans ma vocation de « soulager les âmes en détresse ». Pourquoi ceux que les scrupules n’étouffent pas, comme moi, ne se prêteraient-ils pas aux besoins des autres ?

Au-delà des tabous ! Le besoin sexuel dans notre société est lié à la répression. Je suis convaincu que les crises diminueraient de 50 % si la société acceptait une approche sexuelle, basée sur la liberté, la compréhension de ce besoin naturel. Cependant, il faudrait du même coup être beaucoup plus sévère face à la violence et démythifier la sexualité.

Par expérience personnelle, je sais que si tu as fréquemment des relations sexuelles, tu perds tes obsessions. Celles-ci deviennent de moins en moins importantes, moins nécessaires. La qualité des relations avec les autres s’en trouve améliorer d’autant. L’autre n’est plus qu’un objet de désir, mais de découverte, une merveille à connaître. Je trouvais même parfois que j’avais trop de sexe. Ce n’est pas tout que d’avoir du sexe, il faut que cette relation comble aussi les besoins affectifs.

Le matin, après la vaisselle, j’ai remercié tout le monde sauf mon partenaire de nuit.

  • Tu ne me dis pas bonjour comme tout le monde?
  • Non, non. Je voulais te le dire dehors.
  • Je te remercie du fond du cœur. Tu es bien gentil de m’avoir non seulement deviné, mais m’avoir laissé me défrustrer un peu.

Mon bonhomme était au ciel. Pour un mystique, il était impossible d’espérer mieux. J’étais finalement fier de moi d’avoir rendu un autre gars temporairement heureux.

J’ai fumé et je suis parti à pied sur le bord de la route, goûtant aux merveilleuses Rocheuses, tout en faisant de l’autostop. Comme leur beauté avait été longue à découvrir!

C’était un dimanche, et le dimanche sur le pouce c’est souvent pénible. Je m’en fichais j’avais les deux yeux en pleine prière de remerciements pour une vue aussi belle. Comment ne pas parler avec Dieu devant d’aussi beaux paysages?

Un bonhomme s’arrêta et me fit embarquer.

  • Tu peux rendre hommage au Seigneur que je me sois récemment converti. Si je n’avais pas rencontré Jésus, je ne t’aurais jamais embarqué.
  • Curieux! J’ai toujours cru que Jésus ne veut pas que l’on se vante d’être charitable.

J’étais un peu furieux. Je déteste être embarqué par quelqu’un pour y subir un sermon. J’aime mieux me faire silencieux devant ces monologues stupides. Vivre son christianisme, en se vantant, c’est de l’hypocrisie. J’ai vite trouvé une raison pour débarquer.

J’ai été repêché par une fille qui craignait être violée, tout en le désirant. Elle m’a ainsi entretenu longuement sur les cours de défense qu’elle avait prise au cas où quelqu’un voudrait s’en prendre à sa virginité qu’elle avait certainement perdue il y a bien longtemps.

Me voyant examiner les montagnes, écouter la musique, sans chercher à parler, elle a compris que j’étais bien trop gelé pour être dangereux.

L’atmosphère s’améliora tellement qu’avant de me débarquer elle me proposa que nous prenions une chambre ensemble. Si j’avais eu de l’argent, cela aurait été un plaisir, car elle avait de jolis petits nichons, Valentine !

Bizarre, plus j’avais des petits gars, plus je m’intéressais aux femmes. Le jardin du voisin est toujours plus beau, j’imagine.

Je ne comprenais pas mon attraction pour les garçons et je voulais comprendre pourquoi je suis ainsi.

J’ai été embarqué à nouveau par un groupe de jeunes et comme ça arrive souvent sur le pouce, j’ai refumé avec mes bons samaritains. Ceux-ci se rendaient à Prince George.

Sur le bord de la route, la nuit était tombée, je me suis mis à craindre d’être devenu possédé du diable. Pendant la projection d’Exorciste, les apparitions du diable étaient plus vite que l’œil. D’ailleurs, la Cour les a fait enlever, c’était une façon de nous violer l’esprit. Cela était d’autant plus effrayant qu’elles ressemblaient comme deux gouttes d’eau au bonhomme avec qui j’avais passé la nuit.

Mon obsession était : « Tu as couché avec le diable. Tu ne peux échapper à ton destin qu’en te jetant devant une auto. C’est le pot, pensais-je. Gelé, je suis paranoïaque. Je dois résister. Il faut que je rendre en ville. Je coucherai en prison. Je ne peux pas y aller, les bœufs m’attendent pour me casser  les jambes ».

À chaque voiture, je n’avais qu’un espoir : résister jusqu’à ce que l’effet se dissipe. Résister. Résister.

Un camionneur m’a pris à bord de son vaisseau. J’ai voyagé avec lui jusqu’à ce qu’il s’arrête à un hôtel pour la nuit. Je gelais comme un dingue en petite blouse au pied des montagnes aux neiges éternelles.

La Colombie-Britannique (BC) est une province canadienne extraordinaire. Les montagnes au Nord ont un tout autre charme que les Rocheuses près de Vancouver.

Si je m’étais écouté, je me serais volontiers rendu en Alaska. On dit que c’est très beau.

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